Le deuxième volet de la triologie sur l’Amérique du cinéaste danois
       
mardi 8 novembre 2005


Manderlay, présenté en sélection officielle au Festival de Cannes en mai 2005 et dans les salles obscures françaises ce mercredi, est le deuxième volet de la trilogie USA, Land of Opportunity, que le réalisateur danois Lars von Trier consacre à l’Amérique. Le film relate l’histoire étrange et troublante de la plantation Manderlay, en Alabama, en 1933.

Par Vitraulle Mboungou

Manderlay est la suite du grinçant Dogville ( film sorti en 2003), premier volet de la trilogie très critique que le cinéaste danois Lars von Trier consacre à la société américaine. A la fin de Dogville, son héroîne, Grace, et son père, accompagnés de ses hommes de main, quittent la ville pour rentrer chez eux, à Denver. Pendant leur voyage, ils s’arrêtent devant une propriété dont le nom, Manderlay, est sculpté dans un bloc de granit. Alors qu’ils s’apprêtent à reprendre la route, une jeune femme noire arrête la voiture et demande à Grace de la suivre à l’intérieur de la propriété. Ce qu’elle fait immédiatement, malgré l’interdiction de son père. Une fois à l’intérieur, elle découvre avec effarement quelque chose qu’elle pensait disparue depuis soixante-dix ans : l’esclavage. Elle décide alors d’intervenir.

Le film, tout comme Dogville, est présenté sous forme de pièce de théâtre avec un décor minimaliste. Pas de portes aux pièces, très peu de murs, à l’exception d’une clôture en bois, d’une fenêtre à la vitre cassée et du portail. Seuls quelques accessoires simples, comme les lits ou la table, ornent cette scène dont le sol blanc est couvert des noms des rues, des lieux et des habitations des personnages. Ce concept donne une certaine intimité au film et oblige le public à se focaliser sur les personnages et le texte. Mais cette uniformité des décors ajoutée à la voix off du narrateur plombe quelque peu, au départ, le rythme du film. Heureusement, ce sentiment disparaît assez vite pour laisser place à l’émotion. La dernière partie du film révèle une intensité dramatique très prenante grâce notamment au jeu subtil des acteurs.

Instructif... à bien des égards

Très romancé, Manderlay est un film métaphorique avec plusieurs grilles de lecture. Il aborde évidemment la question de l’esclavage. Mais sous un angle très particulier car les boureaux ne sont pas toujours ceux que l’on croit. En revanche, les victimes, sont, semble-t-il, toujours les mêmes. « Même après l’abolition de l’esclavage, l’Amérique n’était pas prête à accueillir les Noirs comme des êtres humains égaux », dixit Wilhelm, alias Danny Glover, le patriache des Noirs de Manderlay. La ségrégation et le racisme dans le sud profond de l’Amérique des années trente, sujet du film, illustre bien ce propos, qui malheureusement continue d’être étayé 70 ans plus tard. Il est aussi question dans Manderlay des limites du modèle culturel et politique (la démocratie, en l’occurence) de l’Occident.

Ce film fait naître la polémique, car il bouscule le schéma traditionnel des films traitant de l’esclavage, à savoir l’utilisation systématique des thèmes tels que la culpabilité des esclavagistes et la victimisation des esclaves. Au fur et à mesure que l’histoire avance, Grace découvre la véritable personnalité des personnes qu’elle pensait affranchir. Ils se révèlent, à ses yeux, ambigus, fourbes, vils, et ne veulent pas toujours le bien de leur communauté.

Il en est ainsi de la vieille Wilma, qui vole en cachette la viande destinée à une petite Claire, mourante. A travers Grace, personnage naïf, innocent et idéaliste, qui voit peu à peu ses convictions et ses préjugés remis en cause, Lars von Trier a sans doute voulu montrer l’humanité telle qu’elle peut être, blanche ou noire, et bousculer la vision que les gens peuvent avoir de ce sujet. C’est en ce sens que ce film est provocateur, peut-être même trop, mais il à le mérite de susciter la réflexion sur le type de société dans laquelle nous vivons et les préjugés qui y sont véhiculés, notamment à propos des Noirs. A tort ou à raison. En somme, ce film va indéniablement provoquer des débats car il met le doigt sur des questions fort délicates.

Sortie officielle le 9 novembre