Premier hommage officiel envers l’ancien chef d’Etat burkinabé
       
mercredi 11 janvier 2006


Depuis le 28 décembre, feu Thomas Sankara, l’une des plus illustres figures du continent et ancien Président burkinabé, a son avenue à Ouagadougou. C’est la première fois dans l’histoire du Burkina Faso qu’il est honoré de la sorte. Que pensent les sankaristes de ce geste de reconnaissance ? Interview de Maître Bénéwendé Ernest Sankara, président du parti de l’Union pour la Reconnaissance.

 

Par Vitraulle Mboungou

Avenue Thomas Sankara à Ouagadougou. Assassiné le 15 octobre 1987, lors d’un coup d’Etat orchestré par son ancien compagnon d’armes Blaise Campaoré actuellement au pouvoir, l’emblématique Président burkinabé Thomas Sankara possède désormais son avenue dans la capitale. Celui qui voulait redonner au Burkina Faso une dignité, une autonomie et une indépendance économique, reste 18 ans après sa mort un véritable héros panafricain. Ce « Président des pauvres » s’est toujours battu pour que son pays s’affranchisse de la tutelle française et contre la corruption des dirigeants. Un héritage perpétué par des partis sankaristes qui ont affiché une bonne santé lors des dernières élections présidentielles. Maître Bénéwendé Ernest Sankara, l’avocat de la veuve et des orphelins de Thomas Sankara et président du parti de l’Union pour la Reconnaissance (arrivé 2e aux présidentielles derrière Blaise Campaoré), livre à Afrik ses impressions face à cet « hommage tardif ».

Afrik.com : Que pensez-vous de l’inauguration de l’avenue Thomas Sankara à Ouagadougou ?
Bénéwendé Sankara :
C’est un juste retour des choses quand on sait ce qu’a représenté l’ancien Président et ce qu’il continue de représenter encore aujourd’hui plusieurs années après sa mort. Même si je pense qu’il mérite mieux qu’une simple avenue, je me réjouis de cette initiative qui vise à l’immortaliser. Maintenant la question qu’on peut se poser, c’est pourquoi maintenant, alors que plusieurs pays africains n’ont pas attendu tant de temps pour le faire ?

Afrik.com : Et quelle serait votre réponse ?
Bénéwendé Sankara :
Selon moi, les autorités ont cédé face à la pression et aux actes du peuple burkinabé qui se sont manifestés par la montée en puissance du mouvement sankariste lors des dernières élections. Même si nous avons perdus, le mouvement [*] reste indéniablement la plus grande force politique du pays. Par ailleurs, cette décision n’est rien d’autre que la mise en œuvre d’un ensemble de recommandations fait par le Collège des Sages mis en place en 1999 suite aux troubles qui suivirent l’assassinat du journaliste Norbert Zongo.

Afrik.com : Vous êtes donc du même avis que certains observateurs qui pensent que cette décision n’est pas uniquement municipale [**], mais qu’elle vient d’en haut ?
Bénéwendé Sankara :
Bien évidemment qu’elle vient de plus haut. Les autorités communales de Ouagadougou n’ont pas pu, à elles seules, décider de donner le nom de Thomas Sankara à une avenue.

Afrik.com : Sachant que vous êtes l’avocat de la famille Sankara, que pense-t-elle de cette initiative ?
Bénéwendé Sankara :
Elle n’a pas souhaité réagir étant donné la manière dont la chose a été faite. La municipalité de Ouagadougou a agi dans l’anonymat le plus total. La famille n’était au courant, pas plus que le peuple d’ailleurs. Elle n’a pas été conviée à la cérémonie, elle a appris la nouvelle dans la presse comme tout le monde. De toutes les façons, la préoccupation première de cette famille reste la connaissance de la vérité sur l’assassinat de l’ancien chef d’Etat.

[*] Son parti l’Union pour la Reconnaissance fait parti du CPS (Convention panafricaine sankariste)

[**] Le maire de Ouagadougou, Simon Campaoré à la tête de la mairie depuis 1995, a dirigé la dernière campagne électorale de Blaise Campaoré.