Les combats auraient fait près de 18 morts

lundi 5 juin 2006

Les tribunaux islamiques de Somalie affirment avoir pris le contrôle, ce dimanche, de Mogadiscio après une sanglante bataille qui aurait fait près de 18 morts. Cette victoire marque la fin de quatre mois de combats intenses face aux seigneurs de guerre qui contrôlaient la capitale somalienne ces quinze dernières années, et qui auraient récemment reçu un soutien américain.

Par Vitraulle Mboungou

« Après une courte bataille, avec l’aide d’Allah et le soutien de la population, nous nous sommes emparés de la totalité de la ville », indique un communiqué de l’Alliance des tribunaux islamiques lu ce lundi sur les radios somaliennes. L’annonce de la chute de Mogadiscio intervient au lendemain de la prise de Balad, à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale somalienne. La petite ville, très importante stratégiquement, servait pour l’approvisionnement des seigneurs de guerre de l’Alliance pour la restauration de la paix et contre le terrorisme (ARPCT). Elle était jusqu’à présent contrôlée par le chef de guerre Musa Yalahow, un leader de l’ARPCT. Sa prise par les islamistes est considérée par beaucoup comme la plus grande victoire que ces derniers aient remporté contre leurs opposants depuis le début de leur guerre en 2004.

Près de 18 personnes auraient été tuées et des dizaines d’autres blessées durant ces trois jours d’affrontements meurtriers où les deux camps auraient utilisé l’artillerie lourde. La majorité des victimes seraient, selon des personnels médicaux interrogés par l’AFP, des miliciens de l’ARPCT tués à Balad et à Basra, un petit village proche. Les miliciens islamiques auraient également libéré 18 personnes de la prison de Balad et fait 72 prisonniers selon des témoins. Ces combats ont déjà fait des centaines de victimes dans le pays depuis le début de l’année 2006, soit près de 347 morts et plus de 1 500 blessés civils pour la plupart. « L’Alliance des tribunaux islamiques n’est pas intéressée par la poursuite des hostilités et fera régner pleinement la paix et la sécurité dans la capitale somalienne après le changement réalisé à la suite de la victoire du peuple et du soutien du peuple », indique le chef de l’Alliance Sheik Sharif Sheik Ahmed dans le communiqué déjà cité. « Nous ne sommes contre quiconque et nous négocierons avec le reste du monde d’une manière qui prenne en compte en premier l’intérêt de notre pays et de notre peuple », a-t-il poursuivi. « C’est une nouvelle ère qui commence pour Mogadiscio, sans les chefs de guerre ».

Une coalition « anti-terroriste » soutenue par les Américains

L’ARPCT, une coalition de chefs de guerre somaliens, a engagé dès sa création, en février dernier, la bataille pour le contrôle de la capitale contre les tribunaux islamiques. Les Américains soupçonnant ces derniers d’abriter des extrémistes musulmans liés au réseau terroriste Al-Qaïda d’Oussama ben Laden, ont soutenu financièrement ce groupe qui s’est présenté comme un parti politique. Leurs services de renseignements pensent que trois ou quatre agents d’Al-Qaïda, dont les auteurs des attentats de 1998 au Kenya et en Tanzanie, sont en Somalie. En 1998, le réseau terroriste a visé les ambassades américaines dans ces deux pays, dont l’un est frontalier de la Somalie (Kenya) dans des attentats ayant provoqué la mort de 224 personnes. Ainsi, la Maison Blanche a officiellement reconnu le 17 mai dernier que les Etats-Unis soutenaient, dans le cadre de son combat contre le terrorisme international, ce qu’elle appelle des « partenaires » locaux pour empêcher qu’Al-Qaïda n’établisse une « tête de pont » en Somalie. Washington n’a cependant fait aucun commentaire concernant les accusations de soutien envers certains seigneurs de guerre.