DenardL’ancien mercenaire a été condamné à cinq de prison avec sursis

mercredi 21 juin 2006

Le plus célèbre mercenaire français, Bob Denard, a été condamné, mardi à Paris, à cinq ans de prison avec sursis. Absent du procès pour raison médicale, l’homme âgé de 77 ans a été reconnu coupable « d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime », pour l’enlèvement et la séquestration de l’ex-Président comorien, Saïd Mohamed Djohar, du 27 septembre au 4 octobre 1995. Le jugement a également mis en cause les services secrets français.

Par Vitraulle Mboungou

L’ancien mercenaire Bob Denard, de son vrai nom Robert Bourgeaud, a écopé mardi de cinq ans d’emprisonnement avec sursis pour sa participation à un coup d’Etat aux Comores en 1995. La 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris, l’a reconnu coupable, en compagnie de 26 autres prévenus, « d’association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime ». Il a enlevé et séquestré avec l’aide d’autres personnes, Saïd Mohamed Djohar, alors Président de l’ex-République fédérale islamique des Comores, du 27 septembre au 4 octobre 1995. Quatre des 26 co-accusés ont été acquittés tandis que les autres ont été condamnés à des peines de prison avec sursis, allant de trois ans à quatre mois. Les juges n’ont pas suivi l’accusation qui avait réclamé cinq ans de prison ferme pour Bob Denard et dix ans pour les autres. Ils ont estimé que « l’ordre explicité d’agir », qui serait venu « d’en haut », n’a pas été prouvé.

« C’est un jugement équilibré car il tient compte du temps passé depuis les faits et du caractère non violent de l’opération », a rajouté Me Eric Morain, l’un des avocats de la défense. Tandis que Me Saïd Larifou, avocat de la famille Djohar qui s’est constitué partie civile, mort aux Comores pendant le procès, s’est dit étonné par ce jugement : « Cette décision peut être interprétée comme un encouragement voire une prime au mercenariat. Tout le peuple comorien peut se sentir offensé par cette décision ». Il a défendu lors du procès la thèse d’un acte « mafieux commis par des voyous ». Thèse également soutenue par l’accusation, pour qui le groupe n’était qu’une bande de « malfaiteurs qui ont braqué un pays » dans le but d’aménager un paradis fiscal et d’y faire des affaires. Il semblerait que le tribunal ait tenu compte, dans l’appréciation des peines, de différents éléments, comme l’ancienneté des faits, l’approbation de l’opération par la population locale, la loi d’amnistie comorienne sur ces faits, mais également de l’attitude de la France dans ce dossier.

Les services secrets français pointés du doigt

Selon le jugement, « il est évident que les services secrets français avait eu connaissance du projet de coup d’Etat conçu par Robert Denard, de ses préparatifs et de son exécution ». « Il est tout aussi manifeste qu’au moins ils n’avaient rien fait pour l’entraver et qu’ils l’avaient donc laissé arriver à son terme. En conséquence, c’est que les responsables politiques l’avaient nécessairement voulu aussi », souligne-t-il. La thèse avait été défendue par Maître Elie Hatem, l’avocat de l’ancien mercenaire. « Mon client est atteint de la maladie d’Alzheimer. Il est facile de tout lui mettre sur le dos. Il y a une co-responsabilité des politiques français », a-t-il indiqué à l’annonce du verdict. « Le tribunal a coupé la poire en deux en reconnaissant la culpabilité de mon client, il a voulu faire payer les lampistes, il est très difficile de mettre en cause la responsabilité de l’Etat français et des politiques qui se sont tous dérobés ».

Bob Denard avait expliqué lors de l’instruction, qui a duré dix ans, qu’il s’agissait d’une action en sous-main pour le compte de l’Etat français, ou du moins avec sa bénédiction. L’Hexagone voulait, selon lui, mettre fin au régime en place. Une déposition de Michel Roussin, ex-bras-droit du Président français, Jacques Chirac et ancien ministre de la Coopération, figurant dans le dossier, venait étayer son témoignage, en affirmant que les services secrets avaient « sans doute » laissé faire le coup d’Etat. Pourtant, le 4 octobre 1995, les troupes françaises, étaient intervenues pour libérer le Président Djohar, arrêter les mercenaires et mettre fin au putsch. Ils ont cependant laissé au pouvoir les deux membres de l’opposition, Mohamed Taki et Saïd-Ali Kemal, placé là par un comité militaire de transition installé par Bob Denard et son équipe. Des commissions rogatoires aux Comores ont déterminé que Saïd-Ali Kemal était l’un des commanditaires. Le financement de l’opération, dont le budget a été estimé à 1,5 million d’euros, reste encore mystérieux.

Un jugement influencé par l’état de santé de l’accusé ?

L’ex-mercenaire n’a pas assisté à l’annonce de son jugement pour raison de santé. Une expertise médicale menée courant janvier, l’a jugé inapte à assister aux audiences à cause de son état de santé. L’homme âgé de 77 ans, souffrirait de la maladie d’Alzheimer, diagnostiquée au début de l’année 2003 et traitée comme telle depuis mars 2003. Il aurait également des problèmes cardio-vasculaires (hypertension artérielle) et des troubles neurologiques (désorientation, ralentissement idéo-moteur). Présent le premier jour du procès, le 20 février, il a été absent du procès le reste du temps. Malgré son état, il n’a pas été déclaré pénalement irresponsable, même si la justice avait expliqué avant le début des audiences, qu’elle en tiendrait compte. Beaucoup pensent donc aujourd’hui que ses problèmes de santé lui ont permis d’éviter une peine plus lourde.

L’ancien mercenaire n’en n’est pas à sa première tentative de prise de pouvoir aux Comores. Son premier passage sur l’archipel de l’océan Indien s’est achevé par l’assassinat, en 1989, du Président de l’époque, Ahmed Abdallah. Après la mort de celui-ci, il avait tenté de contrôler le pays, mais il en avait été empêché par l’armée française. Il avait fui en Afrique du Sud avant de se rendre en 1993. Il a été acquitté en 1999, au bénéfice du doute. Il a également été condamné en 1993, à cinq ans de prison avec sursis pour une opération au Burundi. Militaire de carrière jusqu’en 1952, Bob Denard avait ainsi été impliqué dans des nombreux coups d’Etat en Afrique, sous la bénédiction des services secrets français.