Une victoire sans surprise après le boycott de l’élection par l’ensemble de l’opposition

lundi 15 mai 2006

Idriss_DebyLe Président tchadien Idriss Deby Itno a été réélu sans surprise à la tête du pays, dès le premier tour de l’élection présidentielle du 3 mai dernier, boycottée par l’ensemble de l’opposition. Il a rassemblé 77,53% des suffrages, loin devant ses quatre modestes rivaux.

Par Vitraulle Mboungou

Idriss Deby Itno a été réélu pour un troisième mandat avec 77,53% des suffrages dès le premier tour des élections présidentielles du 3 mai. Il devance très largement ses quatre modestes adversaires, membres de sa coalition gouvernementale ou complètement inconnus du public. Son concurrent le plus « sérieux », l’ancien Premier ministre (1993-1995) Kassiré Coumakoye, du Rassemblement national pour la démocratie et le progrès (Viva-RNDP) n’a réussi à récolter que 8,81 % des voix. La haute cour tchadienne a désormais deux semaines pour confirmer ces résultats. Arrivé au pouvoir en 1990 à la suite d’un coup d’Etat contre Hissène Habré, Idriss Deby Itno a été réélu en 2001 et a pu se présenter à ce troisième mandat grâce à une révision constitutionnelle controversée en 2005.

Le taux de participation à ce scrutin a atteint 61,49% de quelque 5,7 millions d’électeurs tchadiens inscrits, selon le décompte annoncé ce dimanche 15 mai au soir, par le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), Ahmat Mahamat Bachir. Ce résultat a immédiatement alimenté la polémique entre le pouvoir et l’opposition. Beaucoup de diplomates occidentaux ont fait état d’une faible participation de la population tchadienne avant l’annonce de M. Bachir. Le porte-parole de la principale coalition de l’opposition, Mahamat Saleh Ibni Oumar s’était pour sa part, réjoui dès le lendemain du premier tour, de « l’abstention massive » de ses compatriotes, signe selon lui, de leur refus de « légitimer une quasi-dictature qui se drape du manteau de la démocratie ». Le pouvoir de son côté, de même q’une délégation d’observateurs envoyée par l’Union africaine (UA), avait, quant à lui, relevé une « forte participation ».

« Mascarade électorale »

L’opposition qui avait appelé la population à boycotter à un scrutin, qualifié de « mascarade électorale », n’a pas été surprise par ces résultats. Après la tentative de coup d’Etat des rebelles tchadiens du Front Uni pour le changement (FUC), quelques semaines avant le vote, elle avait demandé en vain, avec l’UA et certains membres de la communauté internationale, comme les Etats-Unis, le report des élections et la mise en place d’un Forum de réconciliation nationale. Impassible, le Président tchadien a tout de même décidé de continuer sa campagne, sur le thème « Moi ou le chaos », prédisant une guerre civile en cas de renversement par la force.

Peu de temps après l’annonce des résultats dimanche soir, le chef d’Etat a salué sa victoire en rendant hommage, dans une déclaration à la presse, « au peuple tchadien, un peuple mûr, un peuple qui a gagné en maturité politique ». « C’est la victoire du peuple tchadien qui a fait son choix. (...) Par cette victoire vous avez démenti ceux qui disaient hier que le Tchad allait exploser, cela prouve une fois de plus que la démocratie est en marche au Tchad et qu’elle avance », a-t-il précisé. Avant de finir : « tous ceux qui ont demandé au secrétariat général de l’ONU le report de l’élection présidentielle ont oublié que le peuple tchadien est souverain ». Contesté par son opposition et une large frange de la communauté internationale et menacé par la rébellion qui a promis de nouvelles offensives pour le renverser, Idriss Deby Itno commence ce nouveau quinquennat en situation délicate. Mais, il semble bien décidé à user des prérogatives d’une souveraineté nationale et d’une « légitimité » officielle renouvelée par le résultat des urnes.