ObasanjoLe Sénat a rejeté le projet de réforme constitutionnelle

mercredi 17 mai 2006
Le Sénat nigérian vient de rejeter le projet de réforme constitutionnelle qui devait permettre au Président Olusegun Obasanjo de briguer un troisième mandat. A un an des élections présidentielles, cette décision semble mettre fin aux ambitions de ses partisans à l’origine du projet de loi. Si d’aucuns estiment qu’il s’agit d’une grande victoire pour la démocratie, il existe toutefois quelques inquiétudes quant à l’après Obasanjo.

Par Vitraulle Mboungou

Le Président nigérian Olusegun Obasanjo ne pourra pas briguer un troisième mandat en 2007. Telle est la décision du Sénat, qui a rejeté ce mardi dans un vote par acclamation, le projet de réforme de la Constitution présenté le 11 avril dernier par ses partisans. Selon la Constitution de 1999, établie après le départ des juntes militaires au pouvoir depuis l’indépendance, tout projet de réforme constitutionnelle doit pour être adopté, obtenir l’aval de deux tiers des parlementaires au Sénat, à la Chambre des représentants, et de 24 des 36 Etats de la Fédération. Elle fixe également à deux mandats consécutifs de quatre ans la limite d’exercice du pouvoir présidentiel. Par conséquent, M. Obasanjo élu en 1999 et réélu en 2003, ne peut plus se présenter à la prochaine élection présidentielle en 2007.

« Les ‘non’ l’ont emporté. Par ce résultat, le Sénat a clairement et de façon éloquente fait savoir que nous arrêtons les procédures sur ce projet d’amendement », a indiqué le président du Sénat, Ken Nnamani. « Aujourd’hui, les Nigérians ont parlé et ont vaincu de manière retentissante le monstre appelé ‘troisième mandat’. C’est une victoire pour le Nigeria et c’est une victoire pour la démocratie », a commenté dans la presse Yari Gandi, sénateur de l’Etat de Sokoto dans le nord-ouest. Il semblerait toutefois que le dossier ne soit pas complètement classé car le débat se poursuivrait encore à la Chambre basse du Parlement jusqu’à ce mercredi 17. Mais selon le porte-parole du Sénat, Victor Udoma-Egba « si un problème est résolu au Sénat de telle sorte que rien ne peut plus changer, que la Chambre des Représentants poursuive ses travaux relève de l’exercice académique ». Ce projet de loi, qui a été à l’origine d’une forte polémique dans le pays est « aujourd’hui cliniquement mort », a-t-il ajouté.

Une victoire de l’opposition ?

Dès l’annonce publique des intentions des partisans du Président Obasanjo de réformer la Constitution afin de permettre à celui-ce de briguer un troisième mandat, le vice-président Atiku Abubakar a pris la tête d’un groupe de hauts responsables politiques pour mener une campagne contre cet amendement. Futur candidat à l’élection présidentielle de 2007, il a mis en garde la population contre « le stratège du chef de l’Etat qui vise à installer la présidence à vie ». Il était ainsi soutenu par des personnalités politiques du nord majoritairement musulman, tel que Muhammadu Buhari, le principal candidat de l’opposition aux élections de 2003.

En face, le PDP (Parti démocratique du peuple), contrôlé par les partisans d’Olesegun Obasanjo et majoritaire au Parlement semblait très confiant. Ainsi, selon le secrétaire du parti, Ojo Maduekwe cité par Irin news, « le Président a jeté les bases solides d’un développement durable au Nigeria et ce processus ne doit pas s’arrêter à cause de certaines mesures d’exclusion, comme l’article de la Constitution limitant à deux le nombre de mandats présidentiels ». Ses partisans regrettent donc cette décision, convaincus que ce troisième mandat aurait permis au Président de « poursuivre ses bonnes œuvres à la tête du pays » en consolidant son programme de réformes économiques.

Ce projet d’amendement de la Constitution a également fait resurgir l’opposition entre le nord et le sud du pays. Cette division a été la source de nombreux conflits au Nigeria pendant des années. Depuis l’indépendance en 1960, le pays a presque toujours été présidé par des chefs d’Etats musulmans originaires du nord. Les Nordistes, en aidant Obasanjo à accéder au pouvoir en 1999, se débarrassant ainsi des généraux musulmans, et pensaient que celui-ci défendrait leurs intérêts. Mais dès les premières années de son mandat ils se plaignaient déjà d’être marginalisés. Aussi beaucoup d’analystes politiques estiment qu’un nouveau mandat du Président nigérian serait une mauvaise nouvelle pour le Nord qui s’est senti trahi par ce dernier, chrétien originaire du sud-ouest du pays.

Risque de perdre un « bon leadership »

Le Président Obasanjo est considéré par beaucoup comme le plus progressiste des dirigeants nigérians en terme de politique économique et un garant de stabilité politique. Pour la première fois depuis longtemps, le pays dispose d’importantes réserves en dollars, à la banque centrale. Il a ainsi pu solder récemment son compte auprès du Club de Paris, un groupe qui réunit les principaux bailleurs mondiaux. Il est le premier pays africain à avoir réaliser cet exploit. Pour beaucoup d’économistes, il pourrait devenir la puissance économique du continent devant l’Afrique du Sud, d’ici 2025. Cependant, il semblerait que le paysage politique nigériane manque de leaders capables de maintenir le Nigeria dans cette dynamique de développement. Ainsi, nombreux sont ceux qui craignent qu’avec le départ d’Obasanjo, le pouvoir reviennent aux généraux qui n’ont pas laissé des bons souvenirs aux Nigérians.

Si cet amendement avait été voté, le Nigeria aurait été le premier pays anglophone du continent dans lequel le Président modifie la loi pour se maintenir au pouvoir. Le phénomène est plus courant dans les pays francophones, comme au Gabon avec Omar Bango Ondimba, au Togo avec Gnassimgbé Eyadema, en Guinée avec Lansane Conté, en Tunisie avec Ben Ali et au Tchad récemment avec Idriss Deby Itno. Une telle perspective pourrait ébranler la réputation et l’autorité de ce pays, le plus peuplé d’Afrique (120 millions d’habitants) qui aspire au leadership du continent et à un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.